O.L.N.I. Opuscules Littéraires Non Identifiés

 La maison bordelaise @rchéo Editions publie dans une précieuse collection "Archéologies poétiques", deux O.L.N.I. (opuscules littéraires non identifiés) écrits à quatre mains. Chacun d'eux interroge le rapport à la matière lorsque celle-ci se fait miroir de l'esprit humain.

Ainsi Obsius lux cristallise autour de la réalisation d'une création contemporaine, un christique lustre à pampilles d'obsidienne et couronne d'aubépine, le travail de Marion Fillancq, artiste verrier. En se glissant dans la peau du premier homme à avoir façonné un biface, elle découvre avec stupeur une pensée très élaborée et décide d'échafauder "une ode à l'intelligence". 
Le silex des hommes préhistoriques cède la place à un verre bleu puis à l’obsidienne ; l’auteure taille, et taille encore, jusqu’à en faire un mode de pensée. A force de persévérance, elle accède à un véritable langage des gestes, à une sorte de sémantique du matériau. Il y a du Pierre Soulages dans cette manière de sonder la matière, de lire dans l’obsidienne et de scruter ce pouvoir de jeu avec la lumière. 
Grâce aux photographies en noir et blanc d’Aurore Delsoir, le lecteur goûte aux étapes successives du projet. 
Et cette question : comment l'artisanat du luxe peut-il nous ramener à l'essentiel en nous faisant emprunter le chemin du "beau" ?

  

 

Au Brésil, les parois des sites de Caïaponia (Etat du Goiâs) et de la Serra da Capivara (Etat du Piaui), parfois couvertes de végétation et de moisissures, regorgent de peintures datées d'entre 11 000 ans et 5 000 ans avant J.-C.Essentiellement géométrique pour les premiers et plutôt réalistes pour le second, elles se composent de figures humaines et animales.
En charge de l'étude de la Serra da Capivara et consultante sur celui de Caïaponia, Pascale Binant a confié ses données scientifiques, ses émois de chercheuse et ses relevés des peintures à la plume sensible de Théïa des Jardins. CaÏaponia relate ce face-à-face entre la spécialiste d'art rupestre et ces représentations du passé.
L’écriture nerveuse, fébrile, ricoche d’aspérité en grain de quartz, mêle les gestes de l’artiste à ceux de l’archéologue et emprunte les méandres du rêve. Elle nous raconte l’excitation de la prospection, et qu’une rencontre avec ces témoignages peints ou gravés revient finalement à nous interroger sur notre propre condition. 

Relevant aussi bien du petit livre d'art que du bref essai philosophique, ces deux ouvrages simples et élégants confèrent à l'archéologie préhistorique cette bouffée d'onirisme, séduisante réponse aux passionnants mystères qui l'enrobent. Espérons que cette collection soit amenée à s'enrichir.   

Florian Berrouet
Archéologia
Décembre 2015
n° 538

A paraître

Préhistoire de la mort

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Asghar Asgari Khaneghah

Anthropologue, Professeur à l’Université de Téhéran et à l’Université Azad à Téhéran, en Iran.

Gilles Berillon

paléoanthropologue préhistorien, chercheur au CNRS, UMR 7194 au Musée de l’Homme

Claudine Cohen

Historienne des sciences, Directrice d'études à l'EHESS et à l'EPHE. Elle a publié de nombreux ouvrages sur la paléontologie, la préhistoire et l'évolution humaine.